Galerie Nathalie Obadia
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Sophie Kuijken

Forthcoming exhibition
10 Septembre - 24 Octobre 2026
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Charles Decoster - Brussels
  • Présentation
Sophie Kuijken

La Galerie Nathalie Obadia est heureuse de présenter à Bruxelles une exposition personnelle de l'artiste belge Sophie Kuijken. Réunissant un ensemble de peintures récentes, dont plusieurs ont été présentées lors de la rétrospective majeure qui lui a été consacrée au Centre d'art contemporain de la Matmut - Daniel Havis (Saint-Pierre-de-Varengeville, France) jusqu'en février 2026, cette exposition dévoile également un format inédit dans la pratique de l'artiste : le tondo. Si Sophie Kuijken avait déjà exploré la forme circulaire il y a une vingtaine d'années, séduite par les défis de composition qu'elle impose, celle-ci trouve aujourd'hui un nouvel élan. Invitée à réaliser un tondo pour une exposition au Musée Cérès Franco (Montolieu, France), l'artiste redécouvre la richesse et les possibilités offertes par ce format.

 

Passionnée par l'art ancien et moderne depuis l'enfance, elle se démarque par son œuvre affranchie de toute imitation. Diplômée en 1988 de la Royal Academy of Fine Arts de Gand (K.A.S.K.), elle fait ensuite le choix radical de se retirer du monde de l'art : pendant plus de vingt ans, l'artiste travaille dans son atelier à l'abri des regards. Ce retrait lui permet de développer l'autonomie et l'intégrité de son langage pictural. Son travail est toutefois révélé au public en 2011, à l'occasion d'une exposition personnelle au musée Dhondt-Dhaenens, à l'initiative de Joost Declercq, alors directeur de l'institution, séduit par la virtuosité et la force silencieuse de sa peinture.

 

Les œuvres de cette exposition prolongent l'intérêt de Sophie Kuijken pour les portraits. L'artiste déclare lors d'un entretien « Quand j'étais enfant, feuilletant des livres d'art ou visitant des expositions, c'était toujours les portraits qui me fascinaient le plus ». Elle poursuit : « Après mes études, j'ai d'abord essayé de supprimer cette obsession du portrait (...), c'était à la fin des années 1980 et la peinture de portrait semblait un genre totalement dépassé. Mais pour moi, cela s'est vite avéré incontournable. (...) Les détails qui n'avaient rien à voir avec le personnage disparaissaient de plus en plus. Jusqu'à ce que seul le personnage reste. »

 

Ces personnages, pourtant, ne deviennent jamais modèles au sens traditionnel. Refusant la présence du modèle vivant dans son atelier, déclarant que « scruter intimement une personne dans le but de la peindre est, selon elle, quelque chose de très personnel, voire intrusif », Sophie Kuijken compose elle-même ses figures à partir d'un vaste répertoire d'images collectées sur Internet depuis plusieurs décennies. « Les images récoltées sont des ingrédients bruts que je dois ensuite disséquer, éditer et réassembler », explique-t-elle. Jambes, yeux, doigts et accessoires sont ainsi prélevés, recadrés et superposés jusqu'à construire ses personnages.

 

Ces associations provoquent de légères dissonances, nourrissant une forme d'« inquiétante étrangeté » autour de ces figures. De subtils décalages se révèlent à mesure que le regard s'y attarde : une main légèrement difforme, une posture inattendue, la coexistence d'éléments empruntés à des genres ou à des époques différents. Comme l'écrit la critique d'art Julie Chaizemartin, ces personnages sont « de magnifiques faux, des inventions, de troublantes imaginations ». Difficiles à dater et impossibles à identifier précisément, ces portraits créent le trouble, apparaissant au spectateur à la fois familiers et étrangers.

 

Cette tension entre tradition picturale et culture visuelle contemporaine se manifeste également dans le choix du format circulaire. Sans s'y référer explicitement, le tondo évoque une mémoire ancienne de la peinture : celle d'une forme héritée de l'Antiquité et développée à la Renaissance italienne, qui concentre le regard dans un espace clos, souvent intime ou domestique. Il fait aujourd'hui écho aux usages numériques de l'image - notamment aux « photos de profil » sur les réseaux sociaux. Sans chercher à établir un parallèle direct, Sophie Kuijken explore ainsi les potentialités d'une forme qui, du panneau peint à l'écran, continue d'encadrer et de singulariser le visage. L'artiste n'en demeure pas moins attachée à la diversité des formats, certaines figures ou postures - notamment les personnages représentés debout - trouvant plus naturellement leur place dans des compositions non circulaires.

 

« Je ne peins pas l'être, je peins le passage », écrit Michel de Montaigne dans Les Esssais (1595). En convoquant à la fois la mémoire de la grande tradition picturale et les images numériques contemporaines, Sophie Kuijken entre en résonance avec cette pensée de la transformation. Présentées à hauteur du regard, ces figures instaurent un face-à-face silencieux qui engage le spectateur dans une expérience de rencontre. Le critique d'art Marc Donnadieu s'interroge alors, en contemplant l'œuvre de Sophie Kuijken : « Que voyons-nous, finalement, du monde qui nous entoure, de son présent et de son passé, de son histoire et de sa mémoire, de ce peuple qui l'a peuplé et qui le peuple encore ? Ce monde plus vaste dans lequel nous sommes inclus, le regardons-nous vraiment ? Et de quelle manière nous regarde-t-il, lui ? »¹.

 

Une conversation avec l'artiste Sophie Kuijken, modérée par le chercheur et médiateur culturel belge Samuel Mareel, aura lieu au KMSKA (Musée royal des Beaux-Arts d'Anvers) le 24 septembre à 18h30, dans le cadre de LAAT TALK (en néerlandais).

 

Marie Chappaz, Chargée du contenu éditorial

 

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¹Marc Donnadieu, Le don d’une présence au monde, in Sophie Kuijken, monographie, Bruxelles, Éditions Racine, 2018, citant Georges Didi-Huberman, « Nous devons fermer les yeux pour voir lorsque l’acte de voir nous renvoie, nous ouvre à un vide qui nous regarde, nous concerne et, en un sens, nous constitue », Ce que nous voyons, ce qui nous regarde, Paris, Éditions de Minuit, 1992.

Télécharger le communiqué de presse

Artiste de l'exposition

  • Sophie Kuijken

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