Valérie Belin, Andres Serrano and Jérôme Zonder in La Beauté du Diable

« Tu m'as donné ta boue et j'en ai fait de l'or »
Charles Baudelaire

Dans le prolongement de l'exposition L'homme gris, présentée au Casino Luxembourg par Benjamin Bianciotto, La Beauté du Diable propose d'explorer la présence de Satan dans l'art contemporain sous l'angle de sa figuration et de ses métamorphoses.
Au-delà des représentations faisant explicitement référence au Diable ou à sa symbolique, l'exposition vise à interroger l'esthétisation du Mal au travers d'œuvres qui opèrent une transmutation du « repoussant » en jouissance esthétique.
En questionnant nos certitudes et en les confrontant aux résistances structurelles des sociétés occidentales, ces œuvres possèdent une indéniable dimension politique. Elles opèrent un retournement du goût : une alchimie transgressive en quelque sorte.
Prenant également appui sur le « non serviam » édicté par Lucifer en un véritable chant de révolte, les artistes refusent à leur tour de se laisser contrôler par une autorité considérée comme injuste ou arbitraire et de se soumettre à la fatalité.
Lucifer se confond avec Prométhée, et l'ange « porteur de lumière » apportant illumination et liberté aux créateurs dans un héritage post-romantique et symboliste. Par le double mouvement de dévoilement de l'horrible (à l'image de l'Apocalypse qui signifie Révélation) et de son revoilement sous des atours séduisants, ils semblent affirmer leur refus de la douleur et de la laideur du monde.
Mais l'exposition interroge aussi le rôle et la place de l'art dans nos sociétés actuelles. La création récente a parfaitement conscience que le danger guette sous le vernis attirant ; elle sait elle aussi jouer de cette ambiguïté, maquillant le réel pour mieux nous charmer, se parant de ornements de la perdition capitaliste et publicitaire.
Enfin, La Beauté du Diable n'éludera pas la dimension religieuse, de la diabolisation de l'art contemporain à sa capacité à raviver le débat au sein de cultures sécularisées. Ambivalente, polysémique et cathartique, l'exposition met en lumière l'oxymore contenu dans son titre même, assume et défend cette fascination aux effluves faustiennes.