Galerie Nathalie Obadia
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Victoria Palacios: Je veux qu’elles restent

Forthcoming exhibition
18 Novembre - 24 Décembre 2026
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Cloître Saint-Merri I & II - Paris
  • Présentation
Victoria Palacios, Je veux qu’elles restent

La Galerie Nathalie Obadia est heureuse de présenter la première exposition personnelle de Victoria Palacios à Paris. L’artiste française vit et travaille à Bruxelles, où elle a étudié la peinture et la performance. Musicienne et performeuse sur la scène internationale, elle développe également une pratique dans laquelle la peinture devient un espace de mise en scène. Après Des signes, des scènes, son exposition à la galerie de Bruxelles en 2024, elle dévoile un nouvel ensemble de près de cinquante œuvres, où personnages, costumes, matières et accessoires prolifèrent, tels les vestiges d’un théâtre encore habité.

 

Dans cet univers minutieusement orchestré, les points de vue se multiplient : depuis les coulisses, sur scène ou dans la salle, chaque regard tisse une nouvelle histoire. Une batterie attend, prête à donner le rythme d’une célébration à venir.  Les temporalités s’entremêlent, sans que l’on sache si l’on assiste aux prémices d’un spectacle, à son apogée ou à ses derniers instants.

 

Créatures animales, figures spectrales et autres silhouettes à l’identité incertaine cohabitent dans une profusion de peintures qui débordent le cadre traditionnel de la toile, investissant jusqu’aux livres et aux tartines de pain. Bien que figées sur leurs supports, ces présences semblent s’animer, se heurter et parfois se confondre, leurs contours se déplaçant au gré de métamorphoses successives. Victoria Palacios travaille précisément dans cet intervalle incertain où les formes ne cessent de se réinventer : une aile d’oiseau devient tulle, un corps se dilue en présence fantomatique, un plumage se fait fourrure. Dans ces glissements aux accents surréalistes affleure, par instants, le bestiaire énigmatique de Leonora Carrington.

 

Ces transformations se poursuivent dans la matière même de la peinture. L’artiste revient sur ses œuvres jusqu’au dernier moment, gratte, recouvre, dilue, laissant affleurer sous les couches successives les traces de ses gestes antérieurs. Dans ce travail de reprises et d’effacements, quelque chose du geste performatif demeure, désormais inscrit dans la durée de la peinture. La matière se fait tantôt légère, presque transparente, tantôt épaisse et généreuse, jusqu’à déborder les contours des figures. D’une toile à l’autre, les protagonistes réapparaissent, changent de rôle ou de costume, comme si chaque peinture gardait la mémoire des précédentes.

La palette chromatique prolonge cette ambivalence. Certaines images, aux tonalités sombres, semblent appartenir à un temps révolu ; d’autres éclatent dans des couleurs plus vives, comme fraîchement apparues. Drapée d’étoffes, une veuve tient un objet aux allures de biniou, motif qui revient dans l’œuvre de Victoria Palacios tel un refrain. Traditionnellement joué lors des fêtes comme des cérémonies funéraires, il semble accompagner le chagrin de la figure qui, sous ses voiles, porte déjà la promesse d’un renouveau. Plus loin, le sourire d’un clown hésite entre le rire et l’effroi. Les rubans parent les personnages autant qu’ils les enserrent, tandis que les plumes des cygnes caressent et enveloppent autant qu’elles asphyxient. « La lutte peut prendre la forme d’une danse et l’étreinte celle d’un affrontement », souligne Victoria Palacios. Ailleurs surgissent des « cygnes noirs », présages d’un nouveau bouleversement.

 

Le regard occupe une place centrale dans ces compositions. Les yeux prennent parfois des proportions démesurées, surgissant jusque dans les arrière-plans. « Les murs semblent imbibés de regards », observe Victoria Palacios. Jouant de la position des corps et des échelles, l’artiste compose un univers où chacun semble chercher sa place, s’exposer ou se dérober. Elle parle de ses peintures comme de personnes, certaines lui paraissant parfois « plus photogéniques » que d’autres.

 

Derrière le faste des apparences, les costumes ne dissimulent plus tout à fait ceux qui les portent. Le rire, l’effroi, la panique et la douceur se mêlent dans une lumière crue, où les ombres s’exposent elles aussi. Nous voilà, à notre tour, pris dans cette comédie humaine, face à des présences dont il devient difficile de détourner les yeux.

 

— Marie Chappaz

Artiste de l'exposition

  • Victoria Palacios

    Victoria Palacios

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