La Galerie Nathalie Obadia est heureuse de présenter Mélodie Mortelle, la troisième exposition personnelle de Quentin Gouevic à Paris :
« Mélodie Mortelle présente un nouvel ensemble de tableaux, que j'ai réalisés à la suite de Cendres et Soleil¹. Après cette exposition - qui succédait à une intense période de destruction - j'ai poursuivi ma recherche, en souhaitant donner une autre vibration à ma peinture.
Je travaille toujours de manière empirique ; et puisque je ne sais jamais comment seront mes tableaux avant de les avoir achevés, j'ai parfois l'impression qu'ils apparaissent comme des souvenirs, des réminiscences dont je dispose pour organiser ma pensée, ma vision du monde, et mon incarnation dans celui-ci. C'est comme si chaque tableau devenait pour moi un calice de sensations, un réceptacle au sein duquel je cherche à me trouver, et à trouver une logique. Plus que jamais, je cherche une réponse picturale à cette quête de sens que j'éprouve dans ma vie, et aux questions existentielles qui me préoccupent depuis très longtemps. Ces derniers mois, je me suis donc beaucoup rapproché de ma matière ; parce que je sentais grandir en moi cette envie de parvenir à « charger » ma peinture de mémoire. Cette recherche mémorielle, identitaire et alchimique me passionne de plus en plus, et représente à mes yeux un enjeu pictural très concret, et très mystérieux à la fois. Comment parvient-on à « rendre » la mémoire dans une peinture ? Et qu'est-ce que les peintures disent de nous ? Ces questions m'exaltent et me poussent sans cesse à essayer d'étoffer mon langage, d'ouvrir ma peinture, et d'emprunter avec elle des voies diverses et variées...
Pour le moment, c'est surtout à travers la stratigraphie de mes tableaux que j'ai le sentiment de commencer à trouver des réponses à toutes ces questions. Le fait de construire, d'effacer, de creuser, de recouvrir : de superposer des espaces picturaux les uns par-dessus les autres dans un rapport cathartique et physique me donne réellement le sentiment d'aborder la peinture comme un outil de compréhension du monde. Cette importance que revêt désormais pour moi la nécessité que j'ai de parvenir à infuser au sein de ma peinture une partie de mon patrimoine mémoriel me pousse à essayer sans cesse de faire des découvertes, de repousser la compréhension que j'ai des formes, des traces, des couleurs. A Shape est un tableau très représentatif de tout cela - dans sa forme, et dans sa minéralité. C'est un tableau étrange, qui m'attire quand je l'observe, et me donne l'impression d'être en face d'un miroir, au sein duquel je me reconnais sans me voir. En grande partie sûrement à cause de cette forme organique qui occupe de sa présence l'espace du tableau.
Parallèlement à tout cela, je continue de détruire une partie de mon travail depuis que j'ai commencé à le faire avant Cendres et Soleil. Ce geste recouvre désormais une dimension libératrice qui me permet de nouvelles prises de risques, et c'est dans ce contexte que j'ai réalisé Fast and Loose, un tableau plus explosif. C'est un travail différent, où je cherche à faire fonctionner la ligne, et à intensifier la part expressionniste de ma gestuelle sur ce type de peinture. Mélodie Mortelle rassemble un corpus d'oeuvres réalisées dans des temporalités proches, mais qui sont nées d'intentions multiples, et d'enjeux éclectiques. Depuis que je peins à l'huile, la dimension protéiforme de mon travail s'affirme, et je le revendique de façon délibérée. L'expérimentation reste au cœur de mon processus, et c'est quelque chose auquel je tiens - parce que c'est ce que j'admire chez les peintres qui m'ont marqué, comme Willem De Kooning, Albert Oehlen, Philip Guston, et plus récemment Gerhard Richter.
J'ai choisi d'appeler cette exposition Mélodie Mortelle, en référence au film de Takeshi Kitano. Pour lui, le rivage représente l'origine de l'humanité, et la mer, le berceau de notre mémoire collective. J'ai aussi choisi ce titre parce que la bande son du film, composée par Joe Hisaishi, possède une atmosphère proche de certaines de mes dernières peintures. See You... en l'occurence porte le nom d'un morceau de cette bande son.
Je tiens à remercier Nathalie Obadia, Roser Gomez Blanco de la Galerie Nathalie Obadia, ma mère Brigitte Gouevic, Elyssa Sfar, et mes amis artistes Nils Vandevenne et Stéphane Guénier avec qui j'échange régulièrement. »
- Quentin Gouevic
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¹ Deuxième exposition personnelle de l'artiste à la Galerie Nathalie Obadia (11 octobre - 3 novembre 2025)
