Clément Cogitore - Memory Palace

Espace Van Gogh, Les Rencontres de la Photographie, Arles, France
Espace Van Gogh, Les Rencontres de la Photographie, Arles, France https://www.rencontres-arles.com/fr/expositions/2026/clement-cogitore

Quelles images persistent dans la mémoire collective d'un peuple ? Comment même penser la mémoire aujourd'hui, entre le cloud, les réseaux sociaux et l'IA générative ? Et pourtant, la question la plus intéressante demeure : s'il était encore possible de prendre le temps de réfléchir et de faire des choix, que choisirait chacun·e d'entre nous de garder en mémoire ?

 

Dans la longue gestation de Memory Palace, le point de départ est un texte que l'artiste commence à rédiger en 2024, un récit fictif ponctué de références et de citations (Borges, Bashevis Singer, Krasznahorkai, García Márquez). Dialogues et observations s'entremêlent et des généalogies non‑linéaires commencent à se définir avec comme origine mythique la Mésopotamie, celles des « peuples des forêts, des lagunes et des steppes » qui, avant Babel, ne parlaient qu'une seule langue. Pour analyser les traces du passage du temps et construire son œuvre vidéo, Cogitore assemble un corpus d'images hétérogène où le lien affectif règne : 400 heures d'images amateurs puisées dans des archives publiques et privées en Europe et aux États-Unis datant des Trente Glorieuses. Viennent s'ajouter à ces archives affectives de courtes séquences créées à partir de l'IA générative, nourries des éléments d'archives sélectionnés pour le montage. Ces images comblent les lacunes des archives humaines et contaminent le récit, produisant des anomalies périphériques, difficiles à identifier immédiatement.

 

Les home movies accumulent des moments de joie, d'émotion, de lien. Séquences majoritairement filmées par des hommes, elles projettent la vision optimiste des héritiers de la modernité européenne, des richesses de ses guerres et pillages. Que reste-t-il après la violence perpétuelle ? « Tu sais, en moi, nous sommes si nombreux, et il ne règne aucune paix ». Remontant le temps, le récit de la violence se reproduit encore et encore : « L'enfer existe bel et bien. Il se déplace à la surface de la terre. Et en chacun de nos enfants il fait son chemin. » Las de cette histoire, qui ne préférerait pas se souvenir de l'histoire de la paix, de la paix perpétuelle ? Fermer les yeux, sentir, se souvenir. Ou laisser l'ange de l'oubli faire son travail sur une musique brute de Cantenac Dagar.

 

Kathryn Weir