Agnès Varda (Bruxelles, Belgique, 1928 – Paris, France, 2019) vivra toujours dans les yeux, les pensées et les cœurs de celles et ceux qui auront l’occasion de croiser ses images, qu’il s’agisse de ses films, pour lesquels elle a été célébrée dans le monde entier, ou de ses photographies, dont cette exposition propose une sélection spécialement conçue pour sa présentation au Brésil.
La photographie de Varda est beaucoup moins connue que son cinéma. Elle ne se souciait guère de la montrer. Elle les considérait comme de « vieilles choses », qu’elle n’avait pas le temps de revisiter, pressée par l’urgence de profiter de ses dernières années pour ajouter de nouvelles œuvres à tout ce qu’elle avait déjà accompli. Pourtant, c’est précisément par la photographie qu’elle a commencé son travail et sa vie d’artiste. À la fin des années 1940, elle rencontre Jean Vilar, qui la choisit comme photographe des dix premières années du Festival d’Avignon, ainsi que comme photographe officielle du Théâtre National Populaire, tous deux fondés par lui. Elle fut photographe de plateau, activité que cette exposition illustre par quelques photographies qu’elle a réalisées d’une pièce mise en scène par Les Griots, la première compagnie de théâtre noir à Paris. Vint ensuite le cinéma, puis, plus tard, un art contemporain singulier qu’elle a pratiqué, surtout à travers des vidéo-installations, pour lesquelles elle a mis son extraordinaire empathie envers les gens, dans cet art de raconter des histoires que l’on ressent dans toutes les images qu’elle a enregistrées et inventées tout au long de sa vie.
L’exposition suit les voyages d’Agnès, son errance, à travers un certain Paris populaire, le sud de l’Europe, alors pauvre et oublié, des révolutions dans le monde et des soulèvements auxquels elle a joint son regard et exprimé sa solidarité : la Chine, Cuba, le combat des Black Panthers aux États-Unis, les vies de femmes et d’enfants sous les latitudes les plus diverses, auxquels elle a toujours porté une attention particulière. Elle présente le mouvement d’Agnès, de la photographie au cinéma et du cinéma à la photographie, vers laquelle elle est revenue ces dernières années, dans l’exercice d’une réflexion sur la nature et la condition des expériences que ses images solidaires et proches permettent de consigner.
Photographie AGNÈS VARDA Cinéma réunit un nom et un prénom, mais croise aussi deux techniques sur lesquelles l’artiste n’a jamais cessé de réfléchir, dans leur influence réciproque, jusqu’à la fin de ses jours. Puissent toutes les personnes qui visiteront cette exposition en sortir touchées par l’émotion qui a fait que tant de gens, à la fin de ses films, lors de rencontres avec Agnès ou en visitant ses expositions, ont senti que leurs vies devenaient plus sensibles aux autres et au monde, faisant naître le désir de s’écrier : « Viva Varda ! »
Rosalie Varda
João Fernandes
commissaires