Cette exposition monographique s'inscrit dans la continuité du travail mené depuis plus de dix ans par le Museu Picasso sous la houlette d'Emmanuel Guigon et consistant à inviter des artistes contemporains, tels qu'Hélène Delprat, Frederic Amat, Carlos Pazos, Carmen Calvo ou encore Bernard Plossu, à dialoguer avec la collection du musée. L'objectif est de tendre des passerelles entre l'héritage picassien et les expressions artistiques actuelles, renforçant ainsi une politique d'ouverture appréhendant le musée comme étant un lieu vivant, en dialogue permanent avec l'art d'aujourd'hui.
Dans ce cadre, l'œuvre de Valérie Belin acquiert une pertinence particulière. Cette artiste a constitué depuis la fin des années 1990 un corpus photographique centré sur les notions d'identité, de représentation et de genre. Loin de la lecture sociologique, elle s'intéresse aux modèles avec un regard empathique, tout en restant critique, mettant en lumière les mécanismes de la construction du « je ». Culturistes, personnes trans, sosies de Michael Jackson ou mannequins partagent, dans leur travail, le désir de devenir une image, d'incarner un idéal choisi et projeté.
Dans des séries comme Mannequins, Femmes noires ou Métisses, ses sujets ont une présence sculpturale, énigmatique, et s'affichent souvent sur des fonds neutres, noirs ou blancs qui accentuent leur frontalité et leur hiératisme. Les visages, homogènes et presque spectraux, semblent se situer dans un espace ambigu entre l'humain et l'artificiel, entre la singularité et la répétition. La réitération du « titre » Sans titre dans ses œuvres renforce ce souhait de dépersonnalisation, transformant les sujets en icônes d'une identité en transit.
Dans d'autres projets, Valérie Belin explore le mimétisme et la culture populaire. Les sosies de Michael Jackson, ainsi que les séries consacrées à des objets du quotidien - comme les paquets de chips ou les masques de carnaval -, sont soumis à un traitement formel qui les fait passer de l'anecdotique à une dimension quasi symbolique. Le noir et blanc intense, les cadrages serrés et le soin apporté à l'éclairage transforment ses sujets en présences inquiétantes. De même, les miroirs vénitiens photographiés à Murano transcendent leur fonction décorative pour devenir des métaphores de l'illusion et du désir de projection, thèmes qui traversent de manière persistante toute l'œuvre de Valérie Belin.
