Martin Barré est né à Nantes (France) en 1924. Il est décédé en 1993 à Paris (France).

 

Martin Barré a laissé à sa mort en 1993 une œuvre dont la diversité et l'intelligence lui assurent une place prééminente dans l'histoire de l'art de la seconde moitié du XXe siècle.

 

Il exerce une influence croissante sur la nouvelle génération de peintres. Présente dans nombre de collections publiques ou privées, l'œuvre de Martin Barré a fait l'objet d'expositions majeures : au MAMCO à Genève (Suisse, 2019), à la Galerie Nathalie Obadia à Paris (France, 2013), à la Galerie Nationale du Jeu de Paume à Paris (France, 1993), aux Musées des Beaux-Arts de Nantes et de Tourcoing, à la Galerie des Ponchettes et la Galerie d'Art Contemporain à Nice à l'occasion d'une exposition itinérante (France, 1989), au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris (France, 1979).

 

Une importante exposition personnelle a été consacrée à l'artiste au Centre Georges Pompidou à Paris (France) en octobre 2020 - janvier 2021.

 

L'exposition en 2006 à la Galerie Nathalie Obadia Idées de la peinture, Hommage à Martin Barré a rappelé la nécessité de reconsidérer une entreprise artistique des plus singulières. L'œuvre de Martin Barré était exposée en regard des œuvres de Christian Bonnefoi, Raoul de Keyser, On Kawara, Peter Halley, Robert Mangold, Albert Oehlen, Bernard Piffaretti, Pascal Pinaud, Christopher Wool.

 

Une importante monographie a été publiée en 2008 par la Galerie Nathalie Obadia, Thea Westreich et Ethan Wagner conjointement avec la Galerie Daniel Buchholz et Andrew Kreps. Elle s'accompagne de la traduction en anglais du texte Martin Barré d'Yve-Alain Bois, Collection « La Création contemporaine », édité en 1993 par le Centre national des arts plastiques et Flammarion.

 

L'œuvre de Martin est présente dans de prestigieuses collections publiques internationales telles que l'Art Institute de Chicago (États-Unis), la Fondation Gandur pour l'Art Contemporain (Genève, Suisse), le Houston Museum of Fine Arts (États-Unis), le LaM - Lille Métropole Musée d'Art Moderne, d'Art Contemporain et d'Art Brut (Villeneuve-d'Asq, France), le MAC/VAL (Vitry-sur-Seine, France), le MAMAC (Nice, France), le Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris (France), le Musée des Beaux-Arts de Montréal (Canada), le Musée national d'Art Moderne - Centre Georges Pompidou (Paris, France), le Salomon R. Guggenheim Museum (New York, États-Unis).

 

L'œuvre de Martin Barré est représentée par la Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles, depuis 2006.

 

Martin Barré poursuit un parcours solitaire, scandé d'étapes qui sont autant de tentatives pour trouver un langage personnel. Refusant délibérément la solution du tachisme et de l'informel dont les références naturalistes sont trop sous-jacentes, sa peinture affirme un style qui en fait un des peintres les plus singuliers de sa génération.

 

Adolescent, il ne cache pas son admiration pour Léger, Oscar Schlemmer et surtout Le Corbusier er Adolf Loos. Son père est architecte et il s'inscrit naturellement dans la classe d'architecture des Beaux-Arts de sa ville. Mais il rejoint très vite l'atelier de peinture de Deltombe auquel il doit sa découverte de Gauguin et de Cézanne (1939-1943). En 1943, il se rend à Paris en cinq jours de marche et fréquente les Académies libres tout en faisant des navettes entre la capitale et Nantes. C'est en 1945 qu'il fait la connaissance dans sa ville de Michel Ragon qui va devenir l'ami, le soutien et le défenseur passionné de sa peinture pendant de nombreuses années. Il travaille comme décorateur pour le Théâtre d'Essai de Nantes (1946-1947) et expose, galerie Michel Colemb (1946). Il est alors influencé par le post-cubisme, par Picasso et Miro. Installé à Paris depuis 1948, il présente l'aboutissement de ses recherches figuratives lors de sa première exposition, à la galerie du Vert-Galant en 1949. D'une écriture simplifiée, il dessine des plantes et des animaux qui se détachent sur le blanc du papier.

 

Sans transition, il aborde l'abstraction. Après avoir réalisé des collages géométriques, il exécute des gouaches abstraites lyriques (1950-1951) mais dont le caractère informel le laisse insatisfait. Déjà, il multiplie ses recherches picturales en faisant intervenir des éléments étrangers au matériel traditionnel du peintre. C'est l'outil qui dicte la forme: gouaches exécutées avec le manche d'un pinceau (1951), peintures au plaka, suite de gouaches orange sur bois (1952) auxquelles il donne une forme arrondie (en 1958-1960, il reviendra sur ce problème de dimensions et façonnera alors lui-même ses châssis), couleurs projetées au moyen de bouteilles, série « tachiste » avant la lettre (1953), le mot n'existant pas encore. Beaucoup de ses œuvres ont été détruites, volontairement ou par nécessité, pour pouvoir réutiliser les toiles après leur décapage.

 

En 1955, a lieu la première exposition de peintures abstraites à la galerie La Roue. Tout ce qui va caractériser son univers plastique est en place. Il revendique l'héritage de Mondrian et Malevitch : il sait que depuis le Carré noir sur fond blanc peint en 1913, il n'y a plus d'issue pour la peinture figurative. Ses moyens sont donc restreints et sa préoccupation concerne l'intégration du fond du tableau aux formes plaquées dessus. Le souci d'une grande lisibilité donne naissance à des formes statiques, asymétriques dont les horizontales et les verticales s'animent progressivement, entraînant leur métamorphose sur un fond parfaitement blanc, car après le Carré blanc sur fond blanc de Malevitch, il n'y a plus de doute pour Barré : « Toute la peinture [lui] semble aboutir au carré blanc sur fond blanc de Malevitch et repartir de là. ».

 

« Les peintures de Martin Barré ont l'autorité naturelle de la grâce qu'impose le silence. Elles obligent à une certaine retenue, comme lorsque l'on se retrouve devant quelque chose d'important : on se sent pénétré. Empreinte de variations infinies, l'exigence de sa peinture nous porte toujours un peu plus loin, de liberté en liberté. L'artiste diffracte la peinture, comme l'espace dilate le temps. À une époque où l'empâtement lourd et le lyrisme débordent sur les cimaises, dès les années cinquante, Martin Barré s'oriente radicalement vers l'abstraction. L'attribut du peintre participe à l'essence de son art : le pinceau devient couteau, tube de peinture coupé (d'où s'échappe la couleur) ou plus tardivement bombe aérosol puis photographie. "Toute trace, tout graphisme est le fait d'un geste, même un trait tiré avec une règle. Même un dessin industriel m'apparaît comme un ensemble de gestes. Sans contradictions, sans paradoxes, y-aurait-il une évolution de la peinture et, sans évolution, une peinture ?" dit-il. La subversion de la règle, que sous-tend un questionnement perpétuel de l'artiste, ajoute à l'aura du mystère, infiniment élaboré, que l'on ressent devant ses toiles.

 

Sa palette chromatique jusqu'en 1957 se concentre sur le rouge de Venise, le bleu de Prusse et le blanc dont il parvient par des mélanges à extraire des bruns, des gris, des noirs. Les constructions colorées, maîtrisées jusqu'au point d'équilibre absolue, s'articulent entre elles, s'échancrent, s'évasent et se découpent en archipels dont les frontières se dessinent. Les contours, à leur contact, s'affinent. Ces linéaments, d'apparence à fleur de vide, épousent l'espace qu'elles suggèrent autant qu'elles le laissent advenir. Aux lignes fortes et simples, ces présences organiques dans le rythme de la toile imposent leur hiératisme.

 

Sa dialectique du plein et du vide, comme toutes les questions fondamentales que Martin Barré se pose (sur la couleur, le geste, le fond, l'espace, l'accrochage, le format...) participe à sa réflexion sur l'histoire de l'art et non à sa seule contemporanéité. « Je souhaite que chaque fragment renvoie à la totalité (la peinture de Martin Barré) mais aussi à une autre ; la peinture faite de mon temps [...] mais aussi aux recherches qui durant plusieurs siècles ont tenté de s'approcher de solutions que notre temps retrouve en leur donnant un développement que d'autres époques ou d'autres sociétés ne permettaient pas » confie l'artiste dans un entretien avec Christian Bonnefoi.

 

À partir de 1957-1958, une mobilité apparaît dans les formes, sa gamme chromatique s'étend suite à ses séjours en Hollande où l'étude des œuvres de Frans Hals, Rembrandt, Vermeer le fascine. Passion qu'exercera également sur lui les œuvres du Greco et de Vélasquez qu'il va voir en Espagne. Son geste, dès lors, se libère. »

 

Sabine Cornette de Saint Cyr