Artists Gallery Calendar News Art Fairs Publications Contact

Selected works of the exhibition
Press Release (English)
Press Release (French)
Press Release (Dutch)
Print press release
Print images...




Carole Benzaken

Pas à pas
September 3 - October 10, 2020
Charles Decoster, Brussels










La Galerie Nathalie Obadia Bruxelles est très heureuse de présenter Pas à pas, la neuvième exposition de l’artiste française Carole Benzaken après Là-bas... Toi, en 2019, dans les deux galeries parisiennes.


Lauréate du prix Marcel Duchamp en 2004, Carole Benzaken développe depuis une trentaine d’années une pratique picturale qui s’épanouit au-delà de ses propres frontières, à la rencontre d’horizons variés : le verre, le dessin, l’architecture ou la vidéo. L’image, telle qu’elle est perçue, assimilée et représentée, est au cœur de cette démarche qui est avant tout celle d’un peintre fasciné par les ressources de son médium et sa formidable extensibilité. L’exposition Pas à pas présente un ensemble d’œuvres récentes issues des séries Au réveil, il était midi, Magnolias et d’une nouvelle, Skin Screen, toutes articulées autour d’une syntaxe commune qui s’enrichit d’année en année. Entre figuration et abstraction, liberté et maîtrise, jouissance de la matière et cérébralité, la peinture se déploie avec une porosité recherchée.


Faisant suite aux Portées d’Ombres, la série Skin Screen renvoie au corps et au dessin par le truchement de l’abstraction et de la peinture. Carole Benzaken traite la surface du tableau comme une peau : le grain de la toile auquel elle donne une consistance par l’utilisation d’huile en bâton suggère un plaisir tactile, tandis que la combinaison du noir profond et de cette texture granuleuse rappelle le fusain. Il s’agit à la fois, pour l’artiste, « d’un désir de mettre du corps » et de réaffirmer par la peinture son amour du dessin, une pratique qu’elle considère comme le lieu de « l’inachèvement parfait ». Fortement inspirée par le pointillisme de Georges Seurat et ses vibrations lumineuses, Carole Benzaken couple ce traitement quasi graphique de la peinture à une préparation à l’encre qui apparaît comme une nappe d’eau à la palette illimitée. De ces multiples couches et régimes de peinture affleurent des silhouettes anthropomorphes, animales, sur lesquelles certains petits formats opèrent comme des détails. Cette discrète résurgence de la figuration renvoie à l’idée de la membrane, du cuir, de la tannerie. Mais la peau incarne aussi une protection, un écran. Ainsi, jouant sur les contrastes et la polysémie, Carole Benzaken a recours à un dallage rationalisant cet enchevêtrement de couches fondues les unes dans les autres - motif commun à toutes ses recherches récentes qui fait référence aux interfaces numériques.


Plusieurs tableaux récents poursuivent par ailleurs une série entreprise en 2018, Au réveil, il était midi, où trouble optique et déconstruction picturale vont de pair. Visions enchanteresses de jardins florentins, de champs d’oliviers, de villages italiens gorgés de soleil, ces œuvres offrent une véritable myriade de tons, chacune ayant sa propre « saison » chromatique. Ce chatoiement fait évidemment écho aux impressionnistes ou à Cézanne, d’autant que le désir de fixer une sensation évanescente, celle d’un réveil, ébahi, en pleine chaleur, est au cœur de ce projet pictural. L’artiste parvient à traduire cet engourdissement en multipliant les strates de peinture, à l’image d’une sédimentation minérale. Ainsi après une première couche à l’encre, elle opacifie la surface aqueuse par un travail à l’acrylique, puis appose de la peinture blanche qui vient masquer certaines zones peintes tout en laissant par endroits transpirer la couleur. Au sein d’un espace à demi contrôlé, Carole Benzaken crée ainsi les conditions d’une rencontre fortuite et heureuse des éléments : l’encre qui se répand de manière aléatoire en flaques ou en fines rigoles, la mystérieuse chimie des couleurs qui se repoussent ou s’épousent en d’infinies nuances, l’air qui retenu par la peinture se matérialise en petites bulles, le blanc qui ne reste jamais parfaitement blanc, sauf quand il est de réserve. Soucieuse toutefois de ne pas glisser dans une pure séduction visuelle, l’artiste contrebalance à nouveau ce lâcher-prise par un cadre noir qui cerne et divise ces paysages brouillés, froissés. Ce cadre opère une véritable mise à distance : il figure là aussi les écrans contemporains qui filtrent et rendent inatteignable l’image désirée, et, d’une certaine façon, la représentation qui bute contre elle-même.


Ce jeu entre hasard et contrôle, délice et frustration se retrouve dans la série des Magnolias, que Carole Benzaken développe depuis 2013 et où le verre fait également office de cadre, de vitre, de séparation. Plusieurs feuilles de calque peintes à l’encre de Chine et aux crayons de couleurs sont superposées entre deux plaques de verre, l’ensemble étant ensuite soumis aux aléas de la cuisson, qui fait parfois ressortir des tons imprévus. Ces arborescences florales aux multiples ramifications sont ainsi littéralement prises dans la glace, figées. Prolongement naturel du calque dont il décuple l’effet opalescent, le verre contraste avec les couleurs chaudes et la sensualité de l’encre qui se dilue naturellement. La transparence permet ainsi la lumière, sujet et matière même de ces œuvres, soulignée par des ramures noires qui évoquent la calligraphie. Cette alchimie du verre et de la couleur permet aussi un trait d’union entre les différentes séries présentées dans cette exposition : vecteurs de fusion, les Magnolias ponctuent l’espace de tout leur éclat.


Ainsi chaque œuvre de Carole Benzaken, avec son tempérament propre, rend palpable le pur plaisir de la peinture : phénomène de l’informe qui prend forme, vie intime de la couleur, surgissement de la lumière, accident du dessin, sensation du grain. Mais cette complexité visuelle, savamment pensée, relève aussi d’une volonté de consigner les sollicitations innombrables et ambiguës qui déterminent notre rapport à l’image aujourd’hui et, d’une certaine façon, notre présence au monde : « Le monde, l’actualité, le politique, les grands bouleversements de la perception, les flux d’accélération des temps me font réagir. La peinture, elle est lien, elle est liant. Elle me lie au monde et elle me lie aux autres médias, m’obligeant à toujours imaginer la possibilité d’une nouvelle image... »