Artists Gallery Calendar News Art Fairs Publications Contact

Selected works of the exhibition
Press Release (English)
Press Release (French)
Print press release
Print images...




Jérôme Zonder

Études pour le portrait de Pierre-François
June 5 - July 31, 2020
Cloître St Merri II, Paris










La Galerie Nathalie Obadia est très heureuse de présenter la troisième exposition de l’artiste français Jérôme Zonder, Études pour le portrait de Pierre-François.

Né en 1974 à Paris, Jérôme Zonder développe depuis près de vingt ans une œuvre centrée sur la pratique du dessin dont il s’approprie les nombreuses ressources et repousse les limites, dans un système polygraphique allant de l’hyperréalisme à la pure abstraction. Conçu tantôt comme œuvre de chevalet, tantôt comme environnement immersif, ce travail expérimental et sans cesse renouvelé invite le spectateur à pénétrer un univers au sein duquel les interrogations sur la condition humaine deviennent enjeux de représentation : « Dessiner revient pour moi à créer un espace symbolique qui fonctionne ; construire un système dans lequel on peut faire entrer le monde et ses questions ».

Avec l’exposition Études pour le portrait de Pierre-François, prénom emprunté au film Les Enfants du Paradis de Marcel Carné, Jérôme Zonder poursuit son exploration des notions d’identité et de figuration à travers un des trois personnages qui hantent son univers en va-et-vient permanent entre réel et fiction, Pierre-François. En toile de fond, c’est tout un réseau d’évocations historiques et macrocosmiques qui transcendent le portrait et l’incluent dans une réflexion plus vaste sur l’avenir de l’humanité.

Par les moyens propres à son médium de prédilection, le dessin au graphite et au fusain, l’artiste confère à cette recherche autour du portrait une envergure ontologique : il s’agit au fond pour lui de travailler à la représentation d’un sujet avec la matière qui le constitue, le carbone, un des principaux composants moléculaires du corps humain. Jérôme Zonder porte une attention particulière au passage à l’âge adulte, période de métamorphose par excellence, qui, dans son œuvre, se produit de concert avec la maturation de son travail graphique. Pierre-François devenant jeune adulte, c’est donc le dessin lui-même qui entreprend sa mue dans une combinaison virtuose de différents régimes d’écriture : traitement réaliste, dessin à l’empreinte, ligne claire et fragments de BD, réminiscences de l’histoire de l’art et aplats abstraits déposés au fusain. Avec ces « études », Zonder n’a de cesse d’ouvrir un espace de dessin où des formes d’indistinction mettent en jeu la notion de limite. Ce tumulte souterrain qui emprunte à l’esthétique du collage sa complexité visuelle et narrative évoque ainsi toute la constitution psychologique et mentale de son modèle, autant marqué par l’histoire du monde que par les événements de la vie intime.

L’actualité émerge ainsi en filigrane (incendies en Australie, manifestations au Chili, bombe atomique...) dans un vaste « mur d’images » qui donne à voir les données iconiques qui (dé)composent le personnage, à l’heure où écrans et réseaux sociaux font aussi de nous des data. La mémoire traumatique comme le flux visuel ininterrompu qui constitue notre culture commune et façonne notre rapport au monde sont ainsi au cœur de ce récit enchevêtré.

Point commun à plusieurs de ces portraits : la figure d’Arlequin, qui parcourt la peinture occidentale - on pense évidemment à Picasso ou Derain où il figure le double de l’artiste - et offre ici l’occasion d’un traitement graphique particulier, celui du motif, qui évoque aussi les grilles de Mondrian. Solitude, fragilité et mélancolie sont ainsi suggérées, mais la douceur enfantine traditionnellement associée au personnage est toutefois brisée par la composition éclatée, quasi cubiste de ces dessins, où surgit par endroits une sombre violence caractéristique du travail de l’artiste.

Dans les deux grands portraits en buste de Pierre-François, Jérôme Zonder met en scène le cerveau primitif et pulsionnel de son personnage dont il sonde les profondeurs. La peau est traitée dans les moindres détails et constitue un tissu de chairs à vif ou de membranes animales, manifestations du «cerveau reptilien» soumis au désir : on entre ainsi dans la matière comme on entre dans l’inconscient du personnage. A cette impudeur du regard répond celle de Pierre-François en Arlequin dont la sexualité solitaire apparait dans toute sa frontalité. Jérôme Zonder s’est nourri d’un répertoire iconographique issu du septième art qui fait appel à notre culture collective : il revendique ainsi l’influence des photographies d’adolescents particulièrement crues de Larry Clark, du film La Maman et la putain de Jean Eustache ou encore de la scène dans Shining de Stankey Kubrick où la désirable jeune femme nue se transforme au moment de l’étreinte en un cadavre putréfié. Autant de références qui se répètent dans le dessin, à la manière d’images subliminales.

Par un «processus de sédimentation» virtuose où se télescopent de multiples écritures graphiques, Jérôme Zonder pose la question de la ligne et par là-même du sujet. L’enjeu est de produire un «système de représentation qui s’efforce de contenir le monde entier - le monde dans sa diversité, sa complexité, son hétérogénéité». De là cette volonté sous-jacente au portrait de faire surgir la grande histoire et d’exprimer l’humanité en souffrance. Un passage du singulier à l’universel que l’artiste résume ainsi : «Le cerveau est infini comme le cosmos en quelque sorte, et le noir et blanc de mes dessins devient ici, littéralement, matière grise».