La Galerie Nathalie Obadia est heureuse de présenter une exposition personnelle en hommage à l'artiste américaine Shirley Jaffe, dix ans après sa disparition. Réunissant une sélection de douze peintures réalisées entre 1956 et 2008, cet accrochage couvre cinquante ans de pratique et permet de suivre l'évolution d'une réflexion picturale majeure de l'abstraction d'après-guerre. Cette présentation revêt une dimension particulière à la suite du récent décès du frère de l'artiste, Jerome Sternstein, soutien constant et infatigable défenseur de son œuvre. Un second volet consacré aux œuvres sur papier et aux sérigraphies sera présenté à la galerie de Bruxelles, du 26 mars au 23 mai 2026.
Cette exposition s'inscrit dans un contexte de reconnaissance institutionnelle croissante, qui a permis une visibilité renouvelée du travail de Shirley Jaffe depuis 2016. Elle fait suite à la grande rétrospective itinérante présentée au Musée national d'art moderne - Centre Pompidou en 2022, au Kunstmuseum Basel en 2023, puis au Musée Matisse en 2023-2024. De nombreuses acquisitions muséales majeures ont pu être menées au cours de la dernière décennie, parmi lesquels le Art Institute of Chicago, la Morgan Library à New York, le MFA Houston, le Musée des Beaux-arts de Montréal, le Kunstmuseum Basel, la National Gallery of Ireland à Dublin, le Musée des Beaux-Arts de Lyon ou le Musée d'arts de Nantes. La Shirley Jaffe Foundation, établie en 2025, va accompagner pour les années à venir le projet de catalogue raisonné, sous la direction d'Olga Osadtschy et Jelle Imkampe, historiennes de l'art.
Née en 1923 aux États-Unis, Shirley Jaffe s'installe à Paris en 1949. Elle y fréquente rapidement le cercle des peintres américains et européens engagés dans le renouvellement de l'abstraction, parmi lesquels Joan Mitchell, Sam Francis, Jean-Paul Riopelle, Kimber Smith ou Al Held. Formée à la Cooper Union School à New York et à la Phillips Gallery Art School à Washington D.C., elle partage avec eux un ancrage dans l'expressionnisme abstrait, tout en développant une voie distincte, attentive à l'urbanité et aux transformations de la ville. Les œuvres des années 1950 et 1960 témoignent ainsi de cette recherche : les formes s'y imbriquent, se superposent et s'entrechoquent parfois, comme dans Crazy Jane at Appomattox (1956) ou Dominos II Replayed (1961). Chaque élément participe d'un système en devenir, fondé sur des tensions et des équilibres sans cesse réajustés.
Son séjour à Berlin-Ouest en 1963-1964, rendu possible par une bourse de la Fondation Ford, marque une inflexion décisive. Dans une ville traversée par des lignes de rupture politiques et symboliques, Shirley Jaffe resserre son langage plastique. Les aplats deviennent plus géométriques, tandis que les influences de Wassily Kandinsky, de Sophie Taeuber-Arp ou encore de la musique de Karlheinz Stockhausen affinent son rapport à la structure et au rythme.
À partir de la fin des années 1970, et jusqu'à ses dernières toiles, son œuvre s'oriente vers un langage singulier, fondé sur des formes aux contours nets et des aplats de couleurs franches, souvent qualifiés de « matissiens ». Par un contrôle précis des rapports entre lignes, surfaces et intervalles, Shirley Jaffe développe une peinture frontale et autonome, libérée des repères classiques de verticalité et d'horizontalité. Le blanc n'y joue pas le rôle d'un simple fond : il devient un champ actif, reliant, séparant et mettant en tension les éléments. Ces constructions accentuent la lisibilité de l'ensemble et favorisent une circulation du regard invitée à saisir la composition dans sa globalité. Dans les toiles des années 2000, ce vocabulaire atteint une forme d'aboutissement : une architecture limpide, faite de déplacements, de ruptures et de compensations, où l'équilibre naît précisément de la tension - comme en témoigne Intrusive Black (2008).
Considérée comme un pont essentiel entre l'abstraction américaine et européenne de l'après-1950, l'œuvre de Shirley Jaffe a exercé une influence durable sur de plus jeunes générations - parmi lesquels Robert Kushner, Fiona Rae, David Reed, Mary Heilmann, Peter Halley ou Jessica Stockholder. Depuis 1999, la Galerie Nathalie Obadia est heureuse de renouveler son engagement auprès de l'artiste et de son Estate, s'investissant avec conviction et détermination dans la préservation et la valorisation de cet héritage artistique majeur. À la suite du décès de Jerome Sternstein, Nathalie Obadia tient à adresser ses chaleureux remerciements à sa femme Trina ainsi qu'à ses deux filles, Adria et Ava, pour la confiance qu'elles lui témoignent en poursuivant cette collaboration.
À propos de la Shirley Jaffe Foundation et du catalogue raisonné
La Shirley Jaffe Foundation est dédiée à la préservation, à la recherche, à la publication et à la diffusion de l'œuvre de Shirley Jaffe. Dans le cadre de cette mission, la Fondation soutient et initie des projets visant à approfondir la connaissance et la compréhension publique de son travail.
La Fondation a lancé un projet de catalogue raisonné afin de documenter, honorer et protéger l'œuvre de l'artiste, et de garantir que sa contribution à l'art moderne et abstrait soit étudiée et présentée avec la plus grande rigueur scientifique. Le catalogue raisonné est dirigé par les historiennes de l'art Olga Osadtschy et Jelle Imkampe.
La Fondation invite les collectionneurs, les institutions et toute personne disposant d'informations ou d'œuvres de l'artiste à prendre contact à l'adresse suivante : info@shirleyjaffefoundation.org
