La Galerie Nathalie Obadia est heureuse de présenter WE COME IN PEACE, la première exposition personnelle de l'artiste Collin Sekajugo en France, après Radiance, They Dream in Time présentée à l'occasion de la 59e Biennale de Venise en 2022. Le Pavillon de l'Ouganda, inauguré pour la première fois par Collin Sekajugo et l'artiste Acaye Kerunen, a obtenu la mention spéciale aux participations nationales et a été salué par la presse internationale pour sa pertinence.


Né en 1980 à Masaka (Ouganda), Collin Sekajugo s'intéresse à la condition humaine à l'heure de la mondialisation. À l'aube de ce troisième millénaire, l'inscription définitive du numérique dans nos pratiques quotidiennes a radicalement changé notre rapport au monde et à l'information : celle-ci, en plus de s'être entièrement émancipée de sa matérialité, a désormais le pouvoir d'uniformiser les pensées collectives en un clic.

L'exposition WE COME IN PEACE interroge les nombreux préjugés qui prolifèrent sur l'ensemble du globe. Ce nouveau corpus d'œuvres, réalisées à partir d'une conjonction de techniques et de matériaux extrêmement variés, présente les derniers portraits de l'artiste : des personnages ambigus provenant de pays d'Asie, de l'océan Indien et, entre autres, du Commonwealth, tous identifiés comme des figures de pouvoir et d'influence.


Collin Sekajugo place la question de l'identité culturelle, complexe et parfois conflictuelle, au cœur de cette nouvelle exposition. En manipulant des images d'archives, l'artiste sonde les spécificités de chaque sujet pour venir interroger sa place dans nos sociétés contemporaines. De prime abord, l'importance de ces personnalités sur la scène de l'influence semble affirmée et inébranlable : seules ou en binôme, des figures élégamment vêtues apparaissent sur des fonds décorés de motifs africains. Cependant, certains détails déstabilisent les certitudes du regardeur. Bien que l'héritage africain des seize portraits de la série Blacks of East soit suggéré dans leurs traits physiques, ces figures sont en réalité issues du monde socio-économique des pays d'Asie et de l'océan Indien. Collin Sekajugo illustre ici le métissage culturel du monde à l'heure de la globalisation, une particularité contemporaine qu'il exacerbe en utilisant une combinaison chromatique particulière pour la peau de ses sujets, mêlée d'un ton sombre et d'un ton plus clair.


D'autres portraits déployés dans l'espace de la galerie présentent quant à eux des personnalités familières et influentes à l'échelle mondiale, dont l'identité a été consciemment piratée par l'artiste : dissimulés derrière leurs apparats, Lady Gaga, Elon Musk et Jeff Bezos, entre autres, font peau neuve dans l'espace d'exposition. Une nouvelle version des images de pouvoir est ainsi célébrée, levant le voile sur les privilèges et les droits pilotés par la sphère blanche de l'influence.


À travers ces portraits, l'artiste procède à un renversement anthropologique de la culture dominante : il soulève l'ambiguïté de l'identité culturelle et rend hommage au patrimoine de l'Afrique de l'Est en ornant, par exemple, ses fonds de motifs africains. Ces derniers, pourtant inscrits dans la culture ougandaise depuis des siècles, restent peu documentés voire oubliés dans le débat artistique mondial.


Collin Sekajugo porte une attention particulière au tissu social et identitaire de son pays, un intérêt qu'il élargit à l'ensemble du globe. Au-delà des symboles et des messages véhiculés par les sujets représentés, les œuvres de l'artiste s'érigent comme des carrefours de rencontres : d'une part, le visiteur se retrouve face à un sujet nouveau, d'autre part son œil décèle une diversité de techniques et de matériaux au sein d'une seule et même peinture. L'artiste travaille ses œuvres à partir d'objets multiples, dont la plupart ont pour origine l'Ouganda comme le polypropylène, le tissu d'écorce, le wax ou le denim. Ce dernier est utilisé pour la fabrication du jeans - vêtement populaire reflétant le phénomène de mondialisation contemporaine, tant porté en Afrique que dans le reste du monde. Le wax, historiquement lié à la colonisation des hollandais en Indonésie entre le 17e et le 18e siècle, a ensuite été importé sur les côtes d'Afrique de l'Ouest. Ce tissu coloré est aujourd'hui largement utilisé par les tailleurs locaux pour confectionner des vêtements élégants. La conjonction de ces différents matériaux crée un langage visuel propre à l'artiste, mettant en avant l'histoire et le savoir-faire d'un continent tout en repoussant les limites de la création artistique traditionnelle.


Ces nouvelles compositions se dotent de récits personnels et de messages universels forts, tissant des liens avec la population ougandaise et plus largement avec l'ensemble des visiteurs qui identifient les objets contemplés. Cette capacité à se lier à son public provient de l'engagement social profond de Collin Sekajugo, particulièrement proche des communautés de son pays natal. Dès ses débuts, il fait de sa pratique artistique un levier pour la réhabilitation des habitants en fondant un espace collaboratif dédié aux arts visuels à Kigali (Rwanda) qu'il nomme ivuka - signifiant renaissance en rwandais. Fort de son succès, Collin Sekajugo décide d'exporter ce modèle à Masaka (Ouganda) en 2010, aujourd'hui devenu le centre névralgique de la vie artistique et culturelle de la ville.


L'exposition WE COME IN PEACE, en traitant de la globalisation de la culture dominante et de l'influence du capitalisme sur notre vie quotidienne, permet d'apporter un éclairage nouveau sur le vivre ensemble à l'ère du 21e et ce, d'où que l'on vienne et quelle que soit notre origine.