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Rodrigo Matheus

Ornament and Crime
September 7 - October 22, 2016
Charles Decoster, Brussels










La Galerie Nathalie Obadia Bruxelles est très heureuse d’annoncer sa première collaboration avec l’artiste brésilien Rodrigo Matheus, né à São Paulo en 1974. Intitulée Ornament and Crime, en lien au texte éponyme de l’architecte autrichien Adolf Loos  (1870-1933), l’exposition met en scène les objets du quotidien minutieusement collectés, puis malicieusement assemblés par Rodrigo Matheus en autant de compositions métaphoriques et poétiques.

Diplômé de la prestigieuse Université de São Paulo en 2001, Rodrigo Matheus a bénéficié de nombreuses expositions au Brésil et en Amérique du Nord. Après l’obtention de son Master au Royal College of Art de Londres (2011), il participe à plusieurs expositions en Europe, dont, en 2014, Imagine Brazil au Musée d’Art Contemporain de Lyon. L’exposition, qui avait été présentée en 2013 à l’Astrup Fearnley Museet (Oslo, Norvège), puis au DHC/ART (Montréal, Canada) en 2015, réunissait quatorze artistes parmi les plus créatifs de la scène émergente brésilienne.

Pour sa première exposition personnelle en Belgique, Rodrigo Matheus présente à la Galerie Nathalie Obadia Ornament and Crime qui regroupe des œuvres sur papier et des sculptures dont plusieurs sont murales et s’apparentent à des « wall paintings », pour reprendre la formule de l’artiste.
Chacune de ces œuvres émane d’un assemblage protéiforme d’objets ordinaires. À cette constante peuvent s’associer des éléments d’origine naturelle comme des coquillages, des plantes, des plumes, du sable ou encore des pierres. Leur association donne lieu à d’étonnantes compositions abstraites aux allures géométriques, comme dans les œuvres sur papier ; ou bien fait preuve d’une organisation moins structurée laissant libre cours à une spontanéité organique, plus spécialement visible dans les sculptures.

Les œuvres sur papier, qui procèdent du collage, recyclent le courrier qui arrive chaque matin dans la boîte aux lettres de l’artiste. Normalement bon pour la poubelle, le « junk mail » est ici découpé, déstructuré et mélangé à des documents vintage comme des cartes postales ou des photographies anciennes, des coupures de presse ou des cartes géographiques d’un autre âge. Ces architectures de papier superposent les documents et, de manière poétique, les histoires potentiellement intimes (lettres, photographies, cartes postales) comme les informations les plus impersonnelles (publicités, courriers administratifs, etc.) qu’ils renferment.

La joyeuse organisation qui préside à l’assemblage de cette correspondance anonyme va à l’encontre de la rigidité qu’incarne la bureaucratisation des tâches et des relations entre les travailleurs. Ce lien métaphorique entre les sculptures de papier de Rodrigo Matheus et le monde du travail qui peine à s’affranchir de la pesanteur administrative, révèle la dimension subversive de sa démarche créative. Celle-ci entretient des liens conceptuels et formels avec les compositions cubistes de l’allemand Kurt Schwitters (1887-1948) qui révolutionna, en son temps, la technique du collage.

Les sculptures, comme les œuvres sur papier, fonctionnent par déplacements et réorganisations d’objets ordinaires. Elles font se rencontrer les objets les plus insolites et antagonistes qui soient, comme une main de mannequin coupée, un rétroviseur de vélo ou une plume de paon. Leur association inattendue illustre le principe de « circulation des matériaux » cher à l’artiste. Rodrigo Matheus aime faire dialoguer les objets qui, ensemble, prennent une dimension nouvelle qui dépasse leur simple fonction d’usage respective.

Les sculptures qui en découlent se chargent alors d’un contenu historique, sociologique, voire psychologique, qui emprunte aux ready made de Marcel Duchamp (1887-1968) ou de Marcel Broodthaers (1924-1976) leur polysémie à la fois ludique et critique. Comme ses deux illustres prédécesseurs, Rodrigo Matheus pratique le « portrait par l’objet ». En 2015, avec « Portrait of a Portrait », il rendait hommage à l’esprit dada de ses inventeurs en réinterprétant le plus célèbre des « portraits par l’objet », celui de Marcel Duchamp lui-même, réalisé vers 1915 par l’artiste allemande Elsa von Freytag Loringhoven (1874-1927).

Plus près de Rodrigo Matheus, le duo suisse Peter Fischli (Zurich, 1952) & David Weiss (Zurich, 1946-2012), en passant maître du détournement d’objets dans les années 1980, a manié l’absurde, l’humour et l’ironie avec une verve qui continue d’irriguer l’œuvre conceptuelle de l’artiste brésilien.
Sous des allures légères et facétieuses, les œuvres de Rodrigo Matheus n’en sont pas moins nées et marquées par les soubresauts de l’histoire politique et sociale du Brésil, particulièrement agitée ces dernières années. Ses œuvres sur papier, comme ses sculptures et ses installations, parce qu’elles portent les stigmates de cette genèse tumultueuse, oscillent entre amusement et désabusement.

La référence au titre de l’exposition, emprunté au texte théorique le plus célèbre d’Adolf Loos, illustre ce paradoxe. Aux ornements, qu’il considérait comme le « signe d’un état d’inculture », le démiurge autrichien préférait la décoration qu’il appréhendait comme « un ensemble de règles qu’il convenait d’observer pour rendre l’architecture plus agréable, en lui attribuant du même coup les insignes culturels de sa fonction sociale ». Adolf Loos admirait la pérennité du langage classique. Pour lui, « la persistance d’une même typologie formelle depuis la Renaissance jusqu’au début du XIXème siècle ne relevait pas d’un « revival », mais d’une tradition. Il s’agissait de formes qui avaient résisté aux fluctuations de la mode et qui reflétaient, par conséquent, une modernité profonde et durable ».

On retrouve cette « modernité profonde et durable » dans les compositions architecturées de Rodrigo Matheus. En agençant des objets dissonants entre eux avec un sens aigu de la composition, l’artiste brésilien leur confère une dimension supérieure,  porteuse de signes et de sens. On le découvre ainsi nourri d’une grande sensibilité à l’air du temps, de notre temps, qui dépasse les marques extérieures (ornements) pour toucher l’homme intérieur.  

En redonnant une nouvelle fonction aux objets qu’il assemble, en transformant l’éphémère en durable, et le banal en sacré, Rodrigo Matheus donne corps à une mythologie personnelle en permanente évolution. Celle-ci n’est pas sans rappeler les recherches anthropologiques de Claude Lévi-Strauss (1908-2009), l’une des figures fondatrices du structuralisme dans les années 1950. Tout comme Adolf Loos, qui exerça une influence majeure sur l’architecture moderne, Claude Lévi-Strauss, dont l’œuvre scientifique et littéraire connut une réception particulière au Brésil, bouleversa les sciences humaines au XXème siècle. Tous deux développèrent leurs théories respectives liées à l’évolution des civilisations (qu’elles soient occidentales ou non), et s’inspirèrent, entre autres, des cultures de peuples dits primitifs pour développer leurs pensées (Lévi-Strauss rencontra les peuples indigènes du Brésil qui lui permirent d’élaborer les principes de l’anthropologie structurale, Loos se référa aux traditions des Papous de Nouvelle-Guinée pour illustrer son traité « Ornement et crime »).  Dans leurs propos respectifs, ils ont mis en exergue la question de l’inné et de l’acquis, directement liée à la confrontation entre nature/culture.

À travers ses assemblages, l’artiste joue les équilibristes, aussi bien dans la forme que dans le fond. Alors qu’elles nous apparaissent, de prime abord, ludiques et espiègles, ses œuvres, de façon subtile et délicate, convoquent toute la richesse avec laquelle l’histoire de l’art nourrit notre culture occidentale, et dévoilent un regard désenchanté et une critique acerbe sur notre société.
L’œuvre de Rodrigo Matheus reflète la mondialisation galopante de notre siècle en nous questionnant sur les nombreux enjeux et défis que doit relever notre société actuelle, dont ceux de la consommation, ou plutôt de la surconsommation. Ce sont tous ces ingrédients que l’on retrouve dans les compositions débridées et éminemment poétiques de Rodrigo Matheus.
 
 
 
 

1 Adolf Loos, « Ornement et crime » (1908)  & « Architecture » (1910) in Malgré tout, 1900-1931, Éditions Brenner Verlag, 1931.
2 Panayotis Tournikiotis, Loos, Éditions Macula Architecture, 1991, pages 27 & 30.
 
 
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Né à São Paulo en 1974, Rodrigo Matheus vit et travaille entre São Paulo et Paris.

Diplômé d’une licence en Beaux-Arts à l’Université de São Paulo en 2001, et d’une maîtrise de sculpture au Royal College of Art de Londres en 2011, Rodrigo Matheus fait partie de la jeune scène émergente brésilienne. Il bénéficie d’une attention croissante depuis ces dix dernières années, et a exposé dans de prestigieuses institutions internationales telles, qu’en France, le Centre Pompidou et le Palais de Tokyo à Paris, le Musée d’Art Contemporain de Lyon, et la 17ème Biennale de Lyon ; aux États-Unis, le Swiss Institute et le New Museum à New-York ; au Canada, la DHC/Art Fondation à Montréal et l’Art Gallery of York University à Toronto ; en Norvège, l’Astrup Fearnley Museet à Oslo ; en Suède, la Bonniers Konsthall à Stockholm ; au Portugal, la Fondation Manuel Antonio da Mota à Porto ; et au Royaume-Uni, l’Ambassade de Brésil à Londres.
Au Brésil, Rodrigo Matheus a exposé dans de nombreuses institutions de renommée internationale telles que le Musée d’Art Moderne de Rio de Janeiro, le Musée d’Art Moderne, la Pinacothèque, l’Institut Tomie Ohtake et le SESC Pompeia à São Paulo, le Museu de Arte de Pampulha à Belo Horizonte, l’Institut Inhotim à Brumadinho, la Bienal do Mercosul à Porto Alegre et la 3ème Biennale de Bahia.


Ses oeuvres sont présentes dans d’importantes collections publiques aux États-Unis, au Brésil et au Royaume-Uni:

Collection Lea Weingarten, Houston, Texas, États-Unis
Museu de Arte Moderna do Rio de Janeiro, Brésil
Museu de Arte Moderna de São Paulo, Brésil
Pinacoteca do Estado de São Paulo, Brésil
Museu de Arte da Pampulha, Belo Horizonte, Brésil
Inhotim Centro de Arte Contemporânea, Brumadinho, Brésil
Instituto Figueiredo Ferraz, Brésil
Tiroche DeLeon Collection, Gibraltar, Royaume-Uni