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Josep Grau-Garriga

Tapisseries: 1970 - 2011
September 10 - October 29, 2016
Cloître Saint-Merri, Paris










La Galerie Nathalie Obadia est heureuse de consacrer son exposition de rentrée au grand artiste catalan Josep Grau-Garriga, disparu en 2011. Son œuvre, dont l’importance et la singularité ont été rappelées lors de l’exposition collective « Decorum » au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris en 2013, n’avait pas été présentée en France à l’occasion d’une exposition personnelle depuis 2010.

À visée rétrospective, cette première exposition de Josep Grau-Garriga à la Galerie du Cloître Saint-Merri, propose un ensemble remarquable de dix-huit tapisseries retraçant, de 1970 à 2011, l’évolution de ce pionnier de la Tapisserie contemporaine, des œuvres les plus tourmentées et politiques des années 1970 aux tapisseries sereines et atemporelles des années 2000.

« La tapisserie est le complément logique de l’architecture » indique Josep Grau-Garriga dès les années 1970, décennie décisive au cours de laquelle l’artiste pousse le genre dans ses retranchements. « Je ne me satisfais pas du seul langage des formes et des couleurs. Je désire la suggestive sensualité des reliefs tissés dans la trame irrégulière, ou au contraire exaltés par les rythmes rigoureux des fils de chaînes »1.

Né en 1929 à Sant Cugat del Vallès, près de Barcelone, Josep Grau-Garriga passe son enfance dans le milieu paysan. Petit-fils d’un coiffeur anarchiste, fils d’un paysan républicain, il assiste adolescent à la déroute des troupes républicaines et à la mise en place de la dictature franquiste - événements traumatiques qui marqueront l’œuvre à venir. Commençant alors le dessin, il étudie à l’Ecole des Beaux-Arts de San Jordi avant de peindre ses premières fresques à l’Ermitage de Sant Crist de Llaceres dans la tradition de l’art mural médiéval catalan.

En 1957, à l’occasion d’un séjour à Paris, il fait la rencontre du maître licier Jean Lurcat auprès duquel il réalise ses premières tapisseries. À l’occasion de ce voyage, il découvre les principaux représentants de l’Art Informel : Fautrier, Dubuffet, Burri. Leur influence se retrouvera dans ses œuvres textiles dont le caractère organique ne manquera pas de s’affirmer lors des décennies suivantes au travers de surfaces accidentées, présentant des protubérances volumineuses, tentacules ou racines. Ce sera le cas notamment de l’œuvre de 1974 « ...I la mort també (.... Et la mort aussi) » visible dans l’exposition.

Marqué par ce premier voyage en France - qui sera à partir de 1992 sa seconde patrie - Grau-Garriga reste un artiste à l’identité résolument catalane. À l’instar de ses compatriotes Gaudi, Miró, Tapiès, les tapisseries de Grau-Garriga reflètent son appartenance à la culture rurale, la matière, souvent «pauvre», y occupant une place essentielle aux côtés de références politiques rendues sensibles par la présence de détails symboliques, témoins des engagements citoyens de l’artiste : ainsi des œuvres « Aixecats com simbol (Soulevés comme symbole, 1974) » et « Record de soldat (souvenir de soldat, 1977) » également présentées dans l’exposition. Travaillant sans carton, Josep Grau-Garriga abandonne rapidement la technique traditionnelle et revendique « une tapisserie de notre temps, rude et qui parle de notre histoire ».

Au fil des années, ayant acquis une maitrise virtuose dans l’art de la tapisserie, Grau-Garriga décide de renoncer définitivement à tout procédé de haute-lice et accomplit une véritable révolution du genre : « En lui s’est confirmé un projet dont il poursuivait peu à peu la réalisation, et qui consistait à démythifier la haute valeur traditionnellement accordée à l’art du tissage afin de faire de celui-ci un acte, non plus de soumission à des principes et des règles établis mais un acte de liberté créatrice et expressive »2 écrit Arnau Puig dans son ouvrage de référence sur l’artiste. Plutôt que de tisser, il manie les fibres comme un sculpteur. De plus en plus personnelles et complexes, ses tapisseries deviennent l’incarnation presque baroque d’états affectifs intimes devant lesquelles le spectateur ne peut rester insensible, telle la majestueuse et poignante, « Ferides I (Blessures I, 1970) », qui ouvre chronologiquement l’exposition.

Attiré par l’art brut mais aussi par le pop art, Grau-Garriga exploite ficelle, chanvre, jute, sisal, vieux sac, chutes de laines. À partir de 1972, l’artiste utilise même des vêtements, faisant entrer le monde réel dans la trame de ses tapisseries. Inclassables, celles-ci échappent, par la pratique jubilatoire du collage, aux paradigmes de la figuration et de l’abstraction. Elles déroutent le grand public par leur « expressionnisme bizarre » et séduisent les artistes et les intellectuels : Miró et Picasso se rendent à son atelier de Sant Cugat pour réaliser leurs œuvres tissées.

Dans les années 1970 et 1980, devenues de véritables sculptures textiles, les tapisseries de Grau-Garriga attirent l’attention de Philippe de Montebello, jeune conservateur américain et futur grand directeur du Metropolitan Museum de New York, qui lui offre sa première grande rétrospective au Houston Fine Arts Museum (Texas) en 1970. Cette collaboration signe le début d’une carrière internationale qui mène l’artiste à réaliser de nombreux projets aux Etats-Unis, au Canada et en Amérique du Sud avec des expositions personnelles dans des institutions telles que le LACMA (Los Angeles) en 1974 et le Museo Rufino Tamayo de Mexico en 1987.

En 1992, suite à une commande de la ville d’Angers pour la commémoration du bicentenaire de la révolution française, Josep Grau-Garriga s’installe définitivement à Saint-Mathurin-sur-Loire inaugurant une décennie de création sensuelle et douce. Ces années sont celles d’un bonheur fécond : l’artiste y relit l’histoire de la peinture française, marquée, de Clouet à Bonnard et de Fragonard à Corot, par l’hommage rendu à une certaine qualité de lumière qu’il contemple sur les berges de la Loire.

Les tapisseries des années 1990 et 2000 reflètent cet apaisement angevin : déchargées de la dimension militante et subversive de l’époque catalane, ces œuvres évoquent paysages naturels, étreintes voluptueuses et plaisirs ludiques.

D’une grande économie de moyen, « Amarra » (2006) est ainsi un ample monochrome dont le bleu profond est percé par un cordage épais restituant visuellement la sensation de bercement du bateau amarré. Également présentée dans l’exposition, « Sense títol » (années 2000), d’une composition plus sophistiquée, offre à la contemplation un autre type de monochrome à la blancheur nacrée, tout en superpositions de matières, tentative pour fixer le scintillement de la lumière dans le maillage chatoyant du tissu. D’une grande subtilité, ces œuvres de la maturité conjuguent les valeurs visuelles et tactiles, laissent émerger un lyrisme discret mais confiant, contrepoint lumineux aux tapisseries saisissantes et pleine de drames des années espagnoles.



1André Kuenzi, La Nouvelle Tapisserie, Éditions de Bonvent, Genève, 1974, p. 100
2Grau-Garriga, Arnau Puig, Éditions Cercle d’art, monographie de 1986, p. 208